• Smaïl Kanoute I Pierrot de la danse !

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    Auteur : AAE ENSAD Publié le 9 avril 2017


    « SMAÏL KANOUTÉ » | LE PIERROT LUNAIRE DE LA DANSE

    Depuis quelques années, Smail Kanoute se livre à corps perdu à la danse urbaine. Il s'adonne de même un art prolixe compte tenu de sa formation à l'ENSAD.

    S'il se détache de sa pratique une réelle curiosité vers d'autres disciplines artistiques et un désir constant de renouvellement, la danse semble toutefois représenter le socle à partir duquel il pourra se propulser.

    Tout récemment mise au point en compagnie de son complice plasticien Philippe BAUDELOCQUE, une performance « PROJECTION(S) » a vu le jour au CENTQUATRE les 5 et 6 avril 2017 dans le cadre du Festival Séquence Danse. Elle fait suite à une précédente performance sur les mêmes bases présentée en novembre 2016 au Théâtre de la Loge.

    Cette création est résumée ainsi par les auteurs :
    « Un corps humain naît, se met en mouvement puis danse. Il découvre en même temps que le spectateur l'univers dans lequel il évolue : étoiles ou cellules ? Appuyé par un dispositif scénique qui brouille les perceptions de temps et d'espace, cette performance propose une lecture d'un monde unifié. »

    Il se dégage tout au long du spectacle une atmosphère étrange, pure, hautement poétique qui remonte à l'origine de la lumière - celle-là même qui fut capturée par le cinématographe au temps de l'invention du cinéma muet avec son arsenal du merveilleux et ses tours de passe techniques.

    Ici, la rigueur des plans [sol et murs] où sont projetées les compositions graphiques, quasi mathématiques, du plasticien répondent en un sens tout autre - parce que fragile et humain, au déploiement presque imperceptible dans l'espace des gestes du danseur ; là où encore la lumière sertie de fils blancs caresse un corps sombre quasi invisible, rendu à sa liberté naissante d'agir ou pas.

    Il y a comme une hésitation sur un événement à naître. Et nous nous situons là sur le registre du possible pour le danseur comme pour le spectateur.

    Tout l'art du danseur tient essentiellement à ce fait que, sobrement doué et charpenté plutôt filiforme, il a su extraire de la partie haute de son corps [essentiellement buste et bras] une technique d'oscillations de gestes et de déhanchements qui impose à la colonne vertébrale une torsion permanente avec une vitesse plus ou moins soutenue et un basculement à en perdre l'équilibre.

    La description de cet ensemble de gestes - même si elle se retrouve en la circonstance de « PROJECTION(S) » comprimée ou fortement ralentie pour les besoins du propos de la scénographie, constitue toute l'originalité du travail de Smaïl KANOUTÉ.

    Nous saluerons en cela une création vraiment inouïe.

    Jean-Pierre Hamon

    Photographies Tous droits réservés © Smaïl Kanouté et Henri Coutant Paris